https://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/c-est-sans-aucun-doute-le-prochain-chatgpt-pourquoi-le-phenomene-openclaw-fait-basculer-l-ia-dans-une-nouvelle-ere-20260403 Accueil Tech & Web Dossier Intelligence artificielle: tout ce qu'il faut savoir sur cette nouvelle révolution Réservé aux abonnés « C’est sans aucun doute le prochain ChatGPT » : pourquoi le phénomène OpenClaw fait basculer l’IA dans une nouvelle ère Par Ingrid Vergara Le 5 avril 2026 à 14h00 Sujets intelligence artificielle OpenAI ChatGPT La plateforme OpenClaw, créée par un ingénieur autrichien, connaît un succès phénoménal. La plateforme OpenClaw, créée par un ingénieur autrichien, connaît un succès phénoménal. La plateforme OpenClaw, créée par un ingénieur autrichien, connaît un succès phénoménal. VCG / VCG via Reuters Connect RÉCIT - En quelques mois, cette plateforme créée par un développeur autrichien a permis de faire comprendre tout ce que les agents IA allaient pouvoir faire pour nous, dans notre vie professionnelle et personnelle. Les grands acteurs de la tech s’emparent de cette technologie. Passer la publicité «C’est sans aucun doute le prochain ChatGPT» : dans la bouche du PDG de Nvidia, Jensen Huang, cette phrase pose d’emblée le statut que ce parrain de l’IA mondiale donne au projet OpenClaw. Conçue il y a moins de six mois, cette plateforme en open source permet de créer et piloter des agents IA. Ces derniers sont capables de faire presque tout ce qu’un humain ferait lui-même devant son ordinateur : naviguer sur Internet, réserver un voyage, commander un Uber, concevoir les plans d’une cuisine aménagée, faire des courses en ligne et déterminer la date et l’heure de la livraison en fonction de son agenda personnel, vérifier et régler une facture... pour peu que l’agent IA ait accès aux identifiants nécessaires pour se connecter aux applications et au compte bancaire. Concrètement, l’utilisateur se connecte à son ordinateur et, via WhatsApp ou le biais d’une autre messagerie, demande à l’écrit à son (ou ses) agent(s) Openclaw d’effectuer pour lui une tâche. Ce dernier se débrouille ensuite tout seul pour la réaliser. Il est capable d’exécuter des commandes, de trouver et lire des fichiers, d’installer des logiciels, de coder ses propres fonctionnalités... Aux États-Unis, un utilisateur témoigne même avoir reçu une facture pour les cours en ligne que «son agent» OpenClaw avait pris l’initiative de suivre pour améliorer une compétence ! «C’est cela qui apparaît presque ’miraculeux’ avec OpenClaw : on échange avec sa messagerie en langage naturel et derrière, on a une plateforme qui se connecte à nos applications. On entre dans le concept de l’assistant personnel, du vrai ’self AI’», explique Stéphane Roder, dirigeant de Builder AI. » LIRE AUSSI - Cinq millions d’emplois menacés en France : l’étude choc qui liste les métiers les plus exposés au danger de l’IA En l’espace de quelques mois , OpenClaw et son logo de sympathique homard souriant sont ainsi devenus le symbole de l’intelligence artificielle agentique, un concept qui peinait jusqu’ici à se matérialiser concrètement au-delà d’un cercle d’initiés. Il ressemble en cela à ChatGPT, qui avait permis au grand public de comprendre soudainement tout le potentiel des modèles de langage (LLM). Déposé sur Github en novembre 2025, OpenClaw est déjà devenu le projet open source le plus téléchargé de l’histoire. Une nouvelle architecture Openclaw n’est pas sorti d’un laboratoire de pointe mais du cerveau d’un développeur qui en avait le temps et l’envie. Peter Steinberger, un ingénieur informatique autrichien, s’est appuyé sur de nouvelles briques technologiques disponibles depuis l’été 2025, permettant de planifier des tâches et de déplacer des données entre de nombreuses applications. En moins d’une semaine , il combine une nouvelle architecture open source en s’appuyant sur les LLM fermés, Codex et Claude. OpenClaw permet de créer des tâches automatisées à la volée, en langage naturel, et de gérer une flotte d’agents, en offrant une interface de communication familière via WhatsApp, Telegram ou Slack. Steinberger baptise d’abord son projet d’abord Clawdbot, car il s’appuie au départ sur le modèle Claude de la société Anthropic. L’entreprise lui demande de modifier ce nom, qui deviendra finalement OpenClaw, et qui fonctionne au final avec le modèle IA de son choix. «C’est un système d’exploitation pour agents IA open source», résume Jean-Christophe Liaubet, innovation leader chez EY. Un engouement phénoménal L’engouement autour du projet dépasse rapidement son créateur. Malgré une complexité de configuration initiale, OpenClaw séduit au-delà des passionnés de technologie et de la Silicon Valley, et convint des dirigeants et des autoentrepreneurs qui saisissent vite l’intérêt de pouvoir faire travailler des agents 24/7 sur des tâches chronophages mais essentielles à la vie de leurs sociétés. » LIRE AUSSI - «Trop puissant» pour une diffusion publique : le prochain modèle d’IA d’Anthropic, victime d’une fuite, suscite la peur de ses créateurs «On est une petite entreprise familiale de camionnage qui essaie d’économiser de l’argent où elle le peut. Ce programme est gratuit pour moi et adapté à mes besoins» témoigne Eric, qui a configuré un agent sur OpenClaw pour extraire des informations d’e-mails, générer des factures en PDF, mais aussi des itinéraires de livraison avec des rapports météo, et envoyer le tout à ses chauffeurs. «Je demande à mon agent de lire et de résumer les commentaires publiés sur les réseaux sociaux, qui recèlent une grande valeur », témoigne un autre sur Reddit. Des tutoriels fleurissent sur YouTube pour créer une entreprise OpenClaw «qui rapporte 4 000 dollars par semaine»... Des utilisateurs expérimentés affirment avoir adapté le service pour obtenir des résultats dans des tâches professionnelles spécifiques, comme la gestion des stocks de produits. Tout cela a un coût non négligeable. Car même si OpenClaw est open source et gratuit, la vitesse de consommation des tokens (le coût d’une requête) a pris de nombreux utilisateurs de court. «1,8 million de tokens brûlés en un mois, soit une facture de 3600 dollars», témoigne le blogueur tech Federico Viticci. Le moment iPhone de l’IA agentique Mais cet engouement a montré à quel point les gens s’enthousiasment pour l’IA lorsqu’ils comprennent ce dont elle est capable et comment communiquer avec elle. «Avant, l’humain devait apprendre à parler le langage des machines pour interagir avec elles. Maintenant, c’est l’inverse : l’agent comprend le langage naturel et effectue les tâches à votre place. Or, cela répond à un vrai besoin latent », estime Hanan Ouazan, associé et expert IA chez Artefact. « C’est la première fois qu’on voit un produit hyperpuissant enfin utile, capable d’effectuer des tâches de manière autonome» ajoute Diego Ferri, associé chez EY Fabernovel. «Je compare ce moment à l’arrivée du smartphone. Jusqu’ici, l’IA agentique était assez compliquée à mettre en œuvre. Là, on a tout. OpenClaw a mis à plat le concept, reste à l’améliorer», résume Stéphane Roder. Je compare ce moment à l’arrivée du smartphone. Jusqu’ici, l’IA agentique était assez compliquée à mettre en œuvre. Là, on a tout. OpenClaw a mis à plat le concept, reste à l’améliorer. Stéphane Roder Signe fort, les grandes entreprises de la tech ont rapidement emboîté le pas à Openclaw : Anthropic (ClaudeCowork, ClaudeDraft), Perplexity, Manus AI.... Le principe de leurs produits est similaire à OpenClaw, mais avec des restrictions et des demandes de permission. Ces entreprises ne permettent pas à leurs clients de modifier les paramètres sous-jacents de leurs agents. Autre jalon du «moment Openclaw» : OpenAI a annoncé en février le recrutement de Peter Steinberger pour travailler sur des agents personnels beaucoup plus sécurisés. En Chine, des géants de la tech comme Tencent organisent des évènements gratuits pour aider les particuliers à installer Openclaw, reconnaissable à son logo en forme de homard, sur leurs ordinateurs. STR/Nexpher Images/Sipa USA via Le revers de la médaille Car les «superpouvoirs» des agents d’OpenClaw s’accompagnent de nombreux risques s’ils sont mal compris ou mal configurés. L’expansion rapide de cette plateforme s’est accompagnée de son flot d’incidents, et les témoignages sont nombreux sur les forums d’utilisateurs : pertes de fichiers, exposition de données censées rester confidentielles... Peter Steinberger le reconnaît lui-même : son projet n’a pas été pensé pour la sécurité, mais pour pouvoir tout faire. «Si l’agent à accès à tout, des hackers peuvent aussi s’en donner à cœur joie. C’est une véritable boîte de Pandore si on ne maîtrise pas les droits d’accès qu’on lui accorde» explique Theo Pham, cofondateur de Rizlum. » LIRE AUSSI - La fin brutale des vidéos IA de Sora, symbole d’un changement radical de stratégie chez OpenAI « Rien ne vous rend plus humble que de voir [votre agent] effacer votre boîte mail à toute vitesse. J’ai dû courir jusqu’à [mon ordinateur] comme si je devais désamorcer une bombe» témoigne sur X Summer Yue, une employée de Meta qui avait demandé à son agent de détecter pour elle des courriels méritant d’être effacés. Un problème de saturation de mémoire l’a poussé à outrepasser ses droits. «Je l’ai désinstallé de mon ordinateur parce que cela exposait trop mes adresses IP », témoigne un jeune cadre français qui a expérimenté un agent OpenClaw. Une aubaine pour les cybercriminels En ayant accès à des données privées, avec un accès internet et une possible exposition à des contenus malveillants, ces agents présentent des failles que ne manquent pas d’exploiter des criminels. «Les pirates informatiques peuvent créer de nouvelles « fonctionnalités » pour OpenClaw, notamment pour installer des logiciels malveillants cachés et collecter les données personnelles des utilisateurs et de leurs contacts« explique un expert en cybersécurité. Ils peuvent aussi injecter des instructions dormantes qui se déclencheront dans un certain contexte, en voyant passer un identifiant Iban par exemple. «OpenClaw a déjà montré le revers de la médaille sur les sujets IA» estime Diego Ferri, partner chez EY Fabernovel. «Aujourd’hui, il n’y a pas assez de garde-fous» abonde Stéphane Roder. Ce qui explique que des acteurs de l’IA soient rentrés plus doucement dans le sujet. » LIRE AUSSI - Pénurie de compétences : l’IA au secours des entreprises pour former la relève Conscient de l’immense potentiel de la révolution OpenClaw mais aussi de l’absolue nécessité de sécuriser cette IA agentique, Nvidia a présenté en mars NemoClaw, une version d’OpenClaw sécurisée destinée aux entreprises. Elle intègre la pile logicielle de Nvidia pour concevoir de puissants agents prêts à être utilisés dans des conditions réelles et se pliant aux contraintes de l’entreprise. «Cela rend la solution OpenClaw plus compatible avec les enjeux de délégation dans une société», résume Hanan Ouazan. La prouesse OpenClaw est un « moment interface ». Mais la gouvernance est en retard et l’orchestration est pour le moment catastrophique. Diego Ferri Car l’enjeu des prochaines années est bien là : apporter la confiance dans l’utilisation de ces nouveaux outils. Même avec des versions bridées, Anthropic prévient ses utilisateurs des risques d’utiliser une technologie qui n’en est encore qu’à ses débuts. «Il ne faut pas confondre l’interface et maturité, prévient Diego Ferri. La prouesse OpenClaw est un “moment interface”. Mais la gouvernance est en retard et l’orchestration est pour le moment catastrophique». Cette technologie ne devrait être utilisée que sur des ordinateurs ou serveurs dédiés à cet usage, et en maîtrisant les risques. La «folie Openclaw» en Chine Tout cela va évoluer très vite. «C’est une énorme rupture conceptuelle. Ce sera l’outil du poste de travail de demain, lorsqu’il sera stabilisé, et une vraie démocratisation de l’automatisation de l’IA pour les ETI et PME», estime Stéphane Roder. «Les grandes entreprises vont s’approprier cette innovation pour en capter la valeur» en proposant les bonnes expériences utilisateur et le bon niveau de sécurité, observe Jean-Christophe Liaubet d’EY . «OpenClaw cristallise ce fantasme de transformer l’agentique en un système d’exploitation qu’on pourra piloter depuis un smartphone, des lunettes connectées ou tout autre appareil. Ce sont les prémices de cette vision» ajoute Hanan Ouazan. » LIRE AUSSI - « Une bombe qui a relancé la Chine » : un an après DeepSeek, comment Pékin veut doubler les États-Unis dans la course à l’IA En Chine, les grands acteurs chinois, comme Alibaba, Tencent, Baidu ou ByteDance ont tous accompagné le vent de folie OpenClaw en proposant un déploiement facilité. Ils explorent déjà des intégrations permettant d’automatiser des services de paiement et d’achat sans avoir à quitter leurs plateformes. «Cela veut dire aussi qu’il y a un potentiel d’accélération sur l’open source. Pour une grande partie des cas d’usage, il n’y a pas besoin de s’appuyer sur des modèles hyperpuissants», souligne Diego Ferri. «Pour l’instant, on est en train de regarder si cela marche avec les meilleurs modèles. Demain, on ira chercher l’optimisation avec des modèles spécialisés, adaptés à ces applications» ajoute Stéphane Roder. «On a vu l’évolution de ChatGPT en seulement trois ans. OpenClaw en est au tout début de sa vie. Laissons-le nous impressionner par sa capacité à évoluer», conclut Hanan Ouazan. La rédaction vous conseille « C’est le moment de sortir le code rouge » : sous la pression de l’IA, les éditeurs de logiciels en pleine crise existentielle Julie Girard : « Les agents d’IA autonomes peuvent-ils faire sécession ? » « C’est sans aucun doute le prochain ChatGPT » : pourquoi le phénomène OpenClaw fait basculer l’IA dans une nouvelle ère S'abonner Passer la publicité Passer la publicité 46 commentaires Le brame du serf le 05/04/2026 à 16:01 Ah, zut, Mistral s’est fait doubler… Grincheux44120 le 05/04/2026 à 16:00 NON MERCI !! benedict75 le 05/04/2026 à 15:58 On a l'impression que l'idéal de l'homme moderne est de tout déléguer à un robot. Est-ce vraiment un progrès ? https://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/c-est-sans-aucun-doute-le-prochain-chatgpt-pourquoi-le-phenomene-openclaw-fait-basculer-l-ia-dans-une-nouvelle-ere-20260403